Penser la thérapie : La théorie de l’entonnoir

entonnoir-inox-770736L’entonnoir est constitué de deux parties : une partie en forme de cône et une autre qui ressemble à un goulot.

L’entonnoir pourrait être une formidable métaphore de l’existence et des mouvements de l’âme humaine.

Pris à partir de son ouverture et le regard dirigé vers le petit goulot, l’entonnoir me fait penser à la vie qui se referme, les choses deviennent plus obscures, les idées se fixent, l’air est plus rare, plus on se rapproche du goulot, plus cela devient étouffant.

Alors qu’à l’inverse, pris à partir du goulot et le regard dirigé vers l’extérieur, les choses s’élargissent, le champs des possibles augmente, l’âme humaine gagne en confiance dans cette ouverture.

Art thérapie

Penser la thérapie : Créer

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Faute de créer sur une toile blanche et vierge, certains choisissent de peindre la réalité par les couleurs de leur monde intérieur. Ils mettent du noir ou du rouge sur telle ou telle personne. Ils choisissent la lumière pour cet événement plus qu’un autre ou l’obscurité pour ces quelconques situations.

Ils ne se rendent pas compte qu’ils sont de formidables peintres.

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Penser la thérapie : De la santé vers l’existence

De plus en plus, nous voyons apparaître de nouvelles formes de thérapies : art thérapie, danse thérapie, musicothérapie, et l’on associe plus facilement une activité quelconque à de la thérapie. Il y a l’équithérapie, la dramathérapie et bien d’autres encore… Comme si il y avait d’un côté de la souffrance et de l’autre du soin et du mieux être, et que ça parlait de la santé en général. Que l’objet de toutes ces démarches, de ces thérapies seraient d’aller vers la santé.
Mais je pense que nous ne sommes pas forcément malades de tels ou tels événements traumatiques et qu’il s’agirait seulement de réparer les dégâts causés sur notre personne ( bien évidemment, il y a des vécus traumatiques et handicapants, loin de moi l’idée de faire l’impasse sur son passé, mais je pense que ce serait une erreur de se focaliser sur ce seul passé).
Nous sommes aussi peut être malade de ne pas exister.
C’est une démarche plus intéressante qui nous oblige à nous tourner vers le présent qui advient et à nous responsabiliser.
Pourquoi avons nous déléguer notre expression artistique à d’autres que nous ? Pourquoi avons nous déléguer notre participation à la vie politique à d’autres que nous ? Notre capacité et notre volonté de débattre et de discuter sur des sujets de société ?
Exister, c’est créer, c’est philosopher, c’est participer à la vie politique de la cité, c’est contribuer à créer une société meilleure. Et à travers ce chemin d’existence, la santé va de soi.
Nous n’avons même plus à nous interroger sur les causes de la souffrance, mais peut être davantage sur ce qui entrave notre capacité à être.

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Penser la thérapie : Ulysse ou le voyage vers soi-même

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Que dit de nous le voyage d’Ulysse ? En quoi peut-il être un compagnon de thérapie ?

Ulysse est sans doute le plus illustre des voyageurs et pourtant il n’aime pas voyager. Ce n’est ni un Marco Polo, ni un Christophe Colomb, il ne va pas chercher l’aventure sur des terres lointaines, il voyage par nécessité, par devoir. D’ailleurs lors de son départ pour Troie, il a même simulé la folie pour échapper à cette guerre.

Et à son retour, Ulysse navigue sur la Méditerranée car il n’a qu’une seule idée en tête : retrouver Ithaque et sa famille.
Pendant longtemps, Ulysse m’évoquait plutôt un casanier, un pantouflard. Il incarnait à mes yeux l’antithèse de l’aventure, de la bravoure, avec son idée fixe de retrouver son foyer et sa famille, de ne plus être le héros qui raffole des batailles mais qui préfère retrouver la vie paisible et son quotidien.
Et plus tard, Ulysse m’apparut autrement, il était le héros qui souhaite se retrouver, se recentrer, rejoindre son identité, à la différence des voyageurs « qui partent pour partir » pour citer Baudelaire, des navigateurs qui fuient sans cesse leur réalité, qui ne sont ni ici ni ailleurs.
D’ailleurs Ulysse à travers son voyage, la « journée du retour », nous montre son humanité par contraste à la sauvagerie des monstres tels que les Sirènes, les Cyclopes, les Lotophages… Ulysse incarne le monde civilisé avec son code de l’honneur, son hospitalité, son courage, sa noblesse à la différence des autres personnages et leur violence, leur rouerie.
Avec Ulysse, c’est le choix délibéré de la mortalité. Ulysse renonce à l’immortalité que lui propose Calypso, il préfère retrouver sa condition d’homme à Ithaque même si elle a une fin. Ulysse nous rappelle l’urgence et la nécessité de vivre car nous ne sommes pas mortel, même si parfois nous nous oublions dans des endroits d’immortels tels que l’île des Lotophages, l’île de l’oubli. Il nous rappelle qu’il faut vivre en conséquence de cette réalité de la finitude de la vie et qu’on ne peut pas se prélasser aux côtés de Calypso ou de Circé et à ne rien faire de ses journées. Les Dieux eux sont immortels et peuvent goûter aux plaisirs du Nectar et de l’Ambroisie. Ils ne sont pas pressés.
Ulysse est en étroite relation avec la divinité, je pourrais même dire qu’Athéna est son compagnon de route. Elle est constamment avec lui sur son chemin, à l’aider en cas de besoin. A la différence de Poséidon qui se venge de lui pour avoir blessé son fils le Cyclope. Poséidon est un peu son dieu malfaiteur.
Et je pourrais parler d’une dualité à l’égard de ces deux divinités : Athéna incarnerait le bien et Poséidon le mal, l’une les forces conscientes et l’autre les forces obscures.
Ulysse en partant est celui qui a rompu l’ordre à Ithaque : Pénélope n’a plus de mari, Télémaque n’a plus de père, Laërte n’a plus de fils, et Ithaque n’a plus de maître. Il s’agit un peu du même désordre qu’avec Oedipe où les liens sont eux confondus. A son retour Ulysse rétablit cet ordre propre à tout homme et nous rappelle en quelques sortes l’identité de l’homme grec en lien avec sa famille et son village.
J’ai pu remarquer qu’Ulysse faisait davantage confiance à des hommes simples, à des hommes de la terre. C’est certes un Roi, mais c’est un Roi grec qui a un élevage et qui cultive sa terre. Vous pouvez voir que dans la dernière partie du livre, Ulysse s’allie au porcher et au bouvier pour combattre et chasser les poursuivants.
Je l’ai dit, Ulysse nous parle de l’identité de l’homme grec dans sa Cité, et une caractéristique de plus qui le lie avec sa communauté c’est la mémoire. Le refus de l’oubli et la mémoire de sa terre et des siens. C’est ce qui lie les hommes, et c’est comme cela que l’on reconnait Ulysse à son retour. Il faut d’ailleurs rappeler qu’il a quitté Ithaque pendant 20 ans, l’âge de son fils.
Et donc on reconnait Ulysse grâce à la cicatrise sur sa jambe.
Ulysse c’est le « héros d’endurance », le « rejeton des Dieux », un homme valeureux qui doit sa renommée à ses nombreuses qualités, et c’est aussi un homme sans pitié qui massacre tous les prétendants. Il les enferme tous dans la grande salle de sa demeure, et il les tuent tous.
Voilà je trouvais intéressant de vous parler de ce livre d’Homère et du personnage d’Ulysse, pour tout ce qu’il évoque sur le plan symbolique, en lien avec notre étude de la mythologie.
Ulysse et son voyage nous parle du nôtre, et de notre quête à Être.

L’accompagnant, cet équilibriste

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Comment, en art thérapie et en théâtre, trouver un juste équilibre pour accompagner les personnes à se déployer tout en respectant leur rythme et leurs résistances.

Je suis prof de théâtre et j’anime des ateliers d’initiation à la pratique théâtrale avec des enfants. Je leur fais découvrir ce qu’est le théâtre : son histoire, l’espace de jeu, ses personnages. Les enfants redécouvrent à travers des jeux ou des improvisations les émotions, les sentiments et diverses situations. Il s’agit de leur présenter en quelques cours l’outil théâtre, mais c’est aussi l’occasion pour moi de tenter de les accompagner vers un déploiement de l’être, de leur permettre d’avoir confiance en eux et en leur potentiel créatif. Certains enfants sont matures et éveillés, ils jouent ou créent de manière spontanée, l’accompagnant n’a donc pas grand chose à faire que de les regarder évoluer librement .D’autres enfants bloquent davantage dans leur élan vital, mais ils viennent vous chercher et réclament un peu d’aide. Et il y a celles et ceux plus rares qui ne demandent rien à personne mais qui viennent vous chercher par des voies plus mystérieuses, qui laissent un écho dans votre âme.

Cette année j’ai accueilli dans cet atelier de théâtre une petite fille de 6 ans pour deux trimestres (ce qui est exceptionnel car les enfants sur les temps périscolaires sont sensés changer d’atelier d’un trimestre à l’autre). Cette jeune fille est très discrète, elle n’est pas simplement timide, elle est quasiment mutique. Et à chaque fois que l’occasion se présente de rentrer en relation avec moi, l’adulte référent, elle se détourne et fait volte-face. Elle me fait penser à une sorte d’enfant sauvage. Qu’une jeune fille de 6 ans soit discrète et timide en société et avec ses camarades ou le professeur, c’est quelque chose de commun, mais chez elle, tout, dans ses postures ou dans son expression verbale, évoque le retrait. Je ne saurais jamais si c’est le désir de la jeune fille, le désir des parents ou une erreur administrative qui l’a fait revenir une deuxième fois dans l’atelier mais je trouve la situation étonnante, qu’une fille inhibée et mutique revienne une deuxième fois à un atelier de théâtre, espace et art qui symbolise l’exposition de soi en face des autres et l’expression libre de l’être sensible. Cette situation singulière, je pouvais la prendre comme un message. Mais au delà de l’éventuel message, cette petite fille ne me laissait pas indifférent et venait me chercher sur certains points. Peut être que c’était l’enfant timide que j’étais, peut être que j’ai cette familiarité avec les relations qui ne se trouvent pas, qui s’évitent, de me retrouver devant un interlocuteur qui fait bloc. Elle attirait donc mon attention et son mystère me questionnait. Mais elle n’est jamais venu me voir en m’indiquant formellement qu’elle souffrait ou qu’elle avait besoin d’aide. Elle était là parmi les autres. Il n’y avait donc aucun désir explicite de sa part d’être épaulée, d’être accompagnée. C’est là qu’on se rend bien compte de toute la subtilité qui se joue dans l’accompagnement et qui peut faire penser à un travail d’équilibriste. Evaluer toutes les forces en présence : ce qui se dit, ce qui ne se dit pas,  ce qui avance voilé, ce qui résiste, le désir de l’autre, son désir. Et trouver une juste place en considérant là où en est l’autre. Car il ne s’agit pas de se servir de l’autre comme d’un pantin et qu’il devienne un faire valoir de notre pratique thérapeutique. Alors ça se joue parfois à rien, à des petits gestes, à des petites intentions, surtout quand la petite fille en face de moi refuse l’échange verbale et le face à face. Et ces petits riens que je tente de mettre en place pour l’aider à sortir de sa citadelle, qui la protège mais qui l’isole terriblement. Je l’aide à porter son cartable, je lui propose de rejoindre les autres sur scène. Par contre le traitement vis à vis du cadre reste le même, à mon sens, ça lui permet d’être considérée au même niveau que les autres, elle n’est pas stigmatisée par un traitement spécial. Parfois le miracle a lieu et j’entends le son de sa voix ou elle daigne porter le nez rouge de clown que j’ai apporté. Mais la plupart du temps, ses automatismes restent les mêmes et dès que je lui pose une question ou que je la regarde elle se détourne instinctivement. Quoiqu’il en soit le théâtre ne la laisse pas indifférente, elle observe attentivement ses autres camarades sur scène, et à deux reprises elle m’a dit qu’elle avait, elle aussi, un costume chez elle. Elle me l’a dit à la fin du cours quand la séance de travail se refermait et oubliant d’apporter ce costume la séance d’après. Je suis donc allé voir ses parents à la sortie de l’école pour leur demander ce qu’il en était de ce costume, avec ce costume j’y voyais une ouverture énorme et la possibilité de réintégrer cette jeune fille dans l’élan de la dynamique du cours de théâtre. Mais cette jeune enfant était elle prête à passer à l’étape supérieure, à concrétiser une attente, un espoir, à quitter un temps sa forteresse pour rejoindre les autres ?

Sur le chemin de l’accompagnement, nous allons rencontrer diverses personnes et il y a celles, de part leur manière d’être, qui vont vous tendre des miroirs ou qui vont susciter chez vous de la compassion, car elles traversent les mêmes régions de la souffrance que vous ou les mêmes difficultés à être. Et il faudra trouver l’équilibre, avancer subtilement, aider ce qui se veut avancer vers la lumière et respecter ce qui se veut en retrait dans la pénombre. Et plutôt que de proposer des projets à l’autre, être toujours prêt à accueillir les surprises de la vie, qui elle avance continuellement.

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Penser la thérapie : Des révolutionnaires porteurs de vie

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Il y a ceux qui occupent des places, ceux qui manifestent contre des projets de loi, ceux qui se battent contre la construction d’un aéroport. Et il pourrait y avoir tous ceux qui cherchent des alternatives et tentent de les mettre en place. C’est un mouvement beaucoup moins spectaculaire qui ne se cantonne plus en une opposition stérile sans idée et sans projet, qui n’est plus dans le CONTRE, comme peut l’être un adolescent qui est contre le mode de vie de ses parents mais qui continue à vivre chez eux, mais un mouvement irrémédiablement tourné vers l’avenir, qui cherche à trouver de nouvelles idées, de nouvelles pistes pour un mieux vivre ensemble et en étant respectueux de la planète.

Le très beau film DEMAIN de Cyril Dion et de Mélanie Laurent l’illustre à merveille.

D’ailleurs, tous les intervenants de ce film me paraissent de plus grands révolutionnaires que ceux qui érigent des barricades ou qui jettent des pierres sur les forces de l’ordre, car ils sont des révolutionnaires créatifs, porteurs de vie.

Ils ne sont pas des révolutionnaires au sens où ils s’opposent ou bloquent des projets hostiles à leurs yeux, mais ils sont des révolutionnaires car ils rendent caduques les vieux systèmes grâce à leurs germes de vie. Un révolutionnaire, aujourd’hui, avec des pistes et des alternatives encore à créer va rendre caduque ce vieux monde qui s’égare : une consommation outrancière, une pollution dangereuse pour la santé, une publicité-marketing dans le mensonge et l’hypocrisie, des médias de divertissement dans l’abrutissement…

Je me mets à rêver, et comme à Detroit sur les ruines de Ford se crée une multitude de fermes urbaines.

 

 

 

 

Qui est malade ? Qui est fou ?

299666PetitMoineauEntonnoirSouvent les personnes qui approchent l’idée de démarrer une thérapie personnelle sont gênées et se posent de multiples questions : suis je malade ? suis je fou ? suis je marginal ? suis je déréglé ? Ce sont des questions que je me suis également posées. Mais j’aimerais ré-envisager cette question : qui est réellement malade ? qui est réellement fou ?

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