Créer

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Faute de créer sur une toile blanche et vierge, certains choisissent de peindre la réalité par les couleurs de leur monde intérieur. Ils mettent du noir ou du rouge sur telle ou telle personne. Ils choisissent la lumière pour cet événement plus qu’un autre ou l’obscurité pour ces quelconques situations.

Ils ne se rendent pas compte qu’ils sont de formidables peintres.

Textes en résonance au livre d’Ivan Jablonka : « Laëtitia »

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Derrière l’île et ses machines, derrière la parade de l’éléphant, un peu plus loin que la Loire qui scintille, il y a des zones plus calmes et silencieuses. Au delà du tapage de la ville, des endroits sombres et sinistres vous guettent. Vous êtes perdus au milieu du rien, espace sauvage et sinueux. Les cris des animaux n’attirent plus les touristes, râle humain d’une souffrance sourde et impitoyable. L’ombre de l’homme est là, elle respire la solitude dans des marais boueux et macabres. Poursuivre la lecture « Textes en résonance au livre d’Ivan Jablonka : « Laëtitia » »

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Nous avons choisis le chemin de la transformation, une voie de métamorphoses, mais il ne s’agit pas de troquer son identité pour devenir quelqu’un d’autre. Le chêne ne va pas devenir un roseau, le roseau ne va pas devenir un chêne. Mais le chêne que l’on a connu tout chétif et frêle va grandir, le tronc va s’étendre et s’élargir, les racines vont s’enfoncer dans le sol et les branches vont se déployer dans les airs. Le chêne aura toujours la même sève, la même écorce mais il se sera élevé vers le ciel. Et il aura aussi les mêmes cicatrices et quelques vieilles blessures, cela ne s’efface pas, mais ce chêne que l’on voit au loin sur la colline, nous ne remarquerons que sa grandeur et sa majesté.

Foule anonyme et sans visage, te voilà agglutinée dans le métro ou sur l’autoroute
Qu’est ce qui te distingue de ton voisin ?
le bruit de ton moteur ou de tes freins est le même que celui qui vient de passer ou de celui qui passera tout à l’heure
Quelle humanité que celle-ci, automate d’elle même ?

Au coin de la rue des Ternes,
j’ai vu une Ferrari
Elle était prise dans les embouteillages.
Son moteur hurlait, grondait
Un peu plus tard, elle réussit à s’extirper
Mais 50 mètres plus loin, elle fut de nouveau arrêtée par un feu rouge.

Comme cette Ferrari, nous sommes coincés dans des vies étroites et misérables
Notre moteur gronde de ne pas pouvoir nous élancer sur des trajectoires plus longues et plus larges

Nous avons trop vite oublié notre furieux potentiel, notre soif de vivre, notre envie de grands espaces

Où sont passés nos Jean de Fer qui nous murmuraient des projets d’aventures ?

Où sont passés nos Dieux grecs qui nous soufflaient des destins héroïques ?

Où est passé Orion qui nous guidait vers une dimension cosmique ?

Pourtant ils sont bien là, enfouis au fond de nous même. Car le moteur gronde, gronde. Notre élan vital hurle de ne pas pouvoir se manifester.

Le Chant de Calypso

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Elle m’appelle, elle et ses parfums
Je devine son reflet à travers le dessin des nuages ou sur les flots maritimes
Je crois aller vers mon horizon, vers des continents encore inconnus mais sans cesse je dérive vers sa terre promise
J’ai tout quitté pour m’en aller
J’ai rêvé à des contrées de pureté, à des monts et merveilles
Je ne sais si c’est une promesse ou un lointain souvenir
Tout se confond passé, présent, avenir
J’arrive à sa porte, je crois te reconnaître toi que je n’ai jamais vu
Tu m’accueilles comme au premier jour
Je ne sais plus qui je suis, je ne sais plus où je vais, d’où je viens
Je ne sais plus si j’ai rêvé ou si je me souviens
La mer est devant moi et me revoilà perdu.

Peinture sur corps sensibles

T5Ce matin le peu de rouge qui me restait est parti avec l’eau de la douche. Il y a pourtant une autre trace qui ne part pas, cette trace du souvenir. Je n’ai pas dessiné sur toi, mes caresses ont pris les couleurs de mon enthousiasme. Mes mains sur ta peau ont parcouru le chemin de ton corps, j’ai senti ta peur qui rencontrait mon désir. Il y avait du bleu, de l’envie, tes yeux admirables, l’orange avait un écrin des plus étincelants. Je n’ai pas dessiné sur toi, je t’ai rencontré, les épreuves de tes os, les entrelacs de tes muscles, ton cou à remonter jusqu’à tes cheveux dans le creux de ma main. Éternel instant. Les couleurs sont partis ce matin, mais il me reste ce souvenir de toi. Impérissable moment.