Profession de foi

Le thérapeute, selon moi, n’est pas un marchand de bonheur. Je vois trop souvent sur les réseaux sociaux, sur internet, des thérapeutes faire la promotion de leurs activités en vantant leur accompagnement au bonheur. Comme si la destination, l’objectif était le bonheur. J’estime que le thérapeute est au service de la Vie, au service de la personne, pour un accompagnement vers de l’authenticité, vers un accomplissement de la personne. Le bonheur pourrait arriver comme une surprise, de surcroît, mais il ne peut pas être la destination. Et un bonheur en azimut, c’est comme si il était présent tout au long du voyage, et je questionne donc la capacité du thérapeute à accompagner la personne vers ses profondeurs. Le thérapeute n’est pas un marchand de bonheur, il ne vend pas du bonheur car il propose un long voyage, un voyage périlleux, une aventure forte et confrontante. Ça ne veut pas dire que le thérapeute ne doit pas être enthousiasmant, mais il n’a pas, selon moi, à minauder autour du potentiel client pour lui vendre un bonheur mielleux et tiédasse. Le thérapeute ne promet rien, il propose un voyage, une rencontre avec l’inattendu. Une aventure, à la rencontre de ses monstres, des doutes, de ses inquiétudes. Comme thérapeute, je me veux enthousiasmant, non pas sur l’objectif mais sur le parcours. Je me veux enthousiasmant mais pragmatique, je comprendrais qu’un client réfléchisse à deux fois avant de s’embarquer en thérapie car le thérapeute ne propose pas une balade en barque mais une Traversée de l’Atlantique.

Art thérapeute ou accompagnant à être : entre santé et existentialité.

Dans art-thérapie, il y a le mot thérapie, qui parle de soin. Un soin qui viendrait réparer un traumatisme ou calmer une souffrance. C’est bien ce que propose l’art-thérapie, de soigner grâce à la création artistique, d’aller vers la santé grâce à l’expression et la création.

Mais la santé, ne serait-ce pas justement le mouvement, de créer perpétuellement ? comme la nature qui se meut de cycle en cycle. Et l’art-thérapie serait-ce uniquement une question de santé ? Ne serait-ce pas plutôt une question qui concerne l’Être ? Et justement de ne pas se préoccuper de l’Être pourrait peut être faire souffrance chez un individu (les manières impropres de vivre).

Car la question essentielle pour chaque individu est de savoir : Qui je suis ? Et rien de mieux que la création pour révéler notre Être. Et cela nous mène vers d’autres questions : Quel sens je donne à ma vie ? Quelles traces je laisse ? Des questions qui nous ouvrent vers d’autres créations qui vont peut-être nous ouvrir vers d’autres questions…

Art thérapie : créer de l’art (du beau) ou créer à partir de l’art.

L’art thérapie, comme accompagnement à la créativité, souhaite favoriser l’expression et la créativité du participant. C’est créer à partir de rien, en partant du Chaos, pour révéler sa manière d’être au monde et son style.

Mais l’art thérapie, c’est tout aussi bien partir des chefs d’oeuvre de l’histoire de l’art, pour créer, créer en résonance à partir d’œuvres qui ouvre sur des archétypes, sur le tragique de l’existence et sur une haute dimension de l’être.

Extrait de « Prendre soin », essai du philosophe Bernard Stiegler sur la question du marketing

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« La véritable question est de savoir ce que méritent les mineurs, c’est à dire les enfants et les adolescents. Au mois de juin 2007, une campagne publicitaire apportait à cette question une réponse partielle, mais parfaitement claire, et exceptionnellement symptomatique : les enfants méritent « mieux que ça ». Ça désignaient leurs parents et leurs grands-parents : ils méritent Canal J, disait cette campagne – Canal J étant une chaîne de télévision spécialisée dans la conquête de cette tranche très importante de l’audience (c’est à dire du temps de cerveau disponible) que sont les mineurs. Cette « tranche », c’est à dire ce que l’on traite comme tel, en découpant les générations en de telles tranches qui sont aussi des cibles, et non en y distinguant des âges dont il faut prendre soin, cette tranche est très importante dans le système des audiences et de leur segmentation : elle est devenue prescriptrice, et ce, par une inversion générationnelle qui est le signe le plus évident de la véritable ruine de l’éducation à quoi a conduit le marketing télé-visé de la société de consommateurs. Cette « tranche » des êtres mineurs est devenue prescriptrice des comportements de consommation des « tranches » supposément adultes, mais qui s’en trouvent en réalité infantilisées, c’est à dire de moins en moins responsables et du comportement de leurs enfants, et de leur propre comportement, prescrit par ces enfants dont ils n’ont plus tout à fait la responsabilité : de tels adultes sont devenus structurellement mineurs – et il en résulte que c’est la majorité en tant que telle, pénale aussi bien que démocratique qui semble avoir disparu. »

Pour poursuivre sur le sujet :

Un train qui part de Nantes, je suis assis en face de deux familles. La première famille est plutôt sous pression, la grand mère reproche à ses petits enfants d’être agités. Elle les rabroue souvent et elle ira même jusqu’à leur dire que c’est la dernière fois qu’elle s’en occupe. Les enfants alternent entre des moments de grande agitation et d’autres de mutisme, de docilité. Poursuivre la lecture «  »

Puissance

Il y a l’impuissance, la toute puissance et il y a aussi la pleine puissance. La pleine puissance de concrétiser ses rêves, la pleine puissance de se réaliser, de faire de ses passions un métier, de construire une société plus juste et plus harmonieuse.
Cette puissance juste, au service de la construction de sa vie, est élan vital.

main_tendue_tournee-300x199Dans les grandes villes comme Nantes, il existe de nombreuses propositions d’entraide et de soutien pour les personnes en difficultés. Des associations existent, des dispositifs sont mis en place par les collectivités territoriales, il y a donc une réalité de l’accompagnement. Mais de nombreuses personnes n’accèdent jamais à ce genre de services. Pourquoi ? Pourquoi ces propositions existantes ne rencontrent pas systématiquement les personnes dans le besoin ? Car ces propositions, tout comme l’information sur leur existence, s’invitent dans l’espace public, elles sont donc mis à disposition dans cet espace tiers, cet espace entre deux mais les personnes ne sont pas en capacité d’aller au devant de ces informations, elles ne sont pas en mesure de s’en saisir. Il faut pouvoir être attentif et ouvert à ce qui se présente, ce qui n’est pas donné à tout le monde.

Je pense donc que l’isolement de ces personnes en difficulté n’est pas du à l’absence de propositions d’aide de la communauté mais à la capacité de ces personnes de s’ouvrir à la possibilité d’être aider, à la possibilité de s’ouvrir au monde.

Il y a donc une rupture de mouvement et une rupture de confiance en soi et à travers la relation à l’autre.

Donc il me parait plus judicieux, avant de proposer de l’aide spécifique à ces personnes en difficultés, de les aider à évaluer à quel moment il y a eu rupture chez eux dans leur chemin d’existence, de les aider à rompre cette fatalité de l’inertie. Après je suis persuadé qu’elles pourront se prendre en main et qu’elles iront se saisirent des différentes propositions d’accompagnement que la société leur propose.